Les élections municipales de clocher

3 mars 2020

Les élections municipales approchent et les candidats à la mairie s’accumulent dans les principales villes de l’Hexagone. Le 15 et 22 mars, les habitants des grandes métropoles françaises se rendront aux urnes et disposeront d’un choix conséquent pour décider à qui attribuer leur vote. Ce n’est cependant pas le cas de toute la France. Du côté des territoires ruraux, les candidats à l’Hôtel de ville se font de plus en plus rare tant le rôle de maire est pesant et difficile à exercer. À tel point que certaines communes, notamment celles de moins de 3000 habitants, auront pour seul choix d’élire un maire candidat à sa propre succession.
« Au fil du temps le métier de maire est devenu une réel vocation, ça c’est sur » explique Christian Peyret, maire de Nogaro (32) qui visera son troisième mandat consécutif durant le mois de mars. À l’heure actuelle, la liste de Mr Peyret n’a pas d’opposition et les chances de voir une liste se dresser face à lui sont moindres. Un fait courant dans le Gers (32), où le métier de maire demande un important investissement pour de faibles rémunérations. Une profession qui « ne consiste pas seulement à prendre des photos » et qui « dépasse largement les 35h » tant les tâches à réaliser sont nombreuses et complexes. Des tâches administratives classiques, au maintien de l’ordre, en passant par la présence aux événements organisés dans la commune, les maires connaissent peu de répit. Et le cas de la mairie de Nogaro est loin d’être isolé.

Mairie de Nogaro (32)

« Un acharnement à vouloir affaiblir la commune »

Cette crise de vocation du rôle de maire se retrouve dans de nombreuses zones rurales et est dû à « un acharnement de la part de l’Etat à vouloir affaiblir la commune, en rendant l’exercice du mandat bien trop compliqué » selon Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). Et l’enquête Cévipof publiée en novembre 2019 confirme ses dires : il y a deux fois plus d’abandons chez les maires des
communes de moins de 3.500 habitants que chez les maires des autres communes. Pour Mr Szabo, le transfert des compétences des mairies aux intercommunalités a grandement participé à cette crise de vocation. Un problème censé être réglé grâce à loi « engagement et proximité », promulgué le 27 décembre, qui a pour but de renforcer les pouvoirs du maire, de leur assurer de meilleurs indemnités tout en limitant l’influence des intercommunalités. Néanmoins, les effets de cette loi ne seront pas visibles avant un certain moment s’accordent Mr Szabo et Mr Peyrat, conscients des difficultés rencontrés par le gouvernement pour améliorer les conditions des maires. Ces revalorisations restent insuffisantes d’après le directeur de l’AMRF, pour qui il est nécessaire que « les élus retrouvent un statut digne de ce nom ».

Une proximité entre maires et citoyens

Retour dans le Gers, à 18km de Nogaro, au bout de la départementale 931 dans la petite ville d’Eauze. Le pharmacien et maire Michel Gabas a lui aussi pour but d’obtenir son troisième mandat. Il devra cependant faire face à l’opposition lors des futures élections, mais la détermination reste intacte pour celui qui siège à la mairie depuis 2008. Un rôle certes « usant et fatiguant » mais qui le « passionne toujours autant, surtout grâce à la proximité avec les habitants ». Une proximité logique étant donné que la commune compte environ 4 500 habitants, ce qui selon lui permet de créer un véritable lien entre la mairie et les citoyens. Pour Emeric Bréhier, directeur de l’Observatoire de la vie politique de l’institut Jean Jaurès et homme politique, ce lien se matérialise par une véritable « personnalisation de la figure du maire » et explique pourquoi le maire est « l’une des figures politiques les plus appréciées aux yeux des français ». Toujours d’après l’ancien député, « la politique de réseau est très forte dans les petites communes », les maires étant la majorité du temps des personnes extrêmement impliquées dans la commune, et ce bien avant leur élection à la mairie. Cet aspect de notable joue un rôle très important dans ces petites villes et raisonne avec la société actuelle où « l’ode à la proximité est fondamentale et dont les maires sont les plus grands porteurs ». Mais ces maires, qui en sont rarement à leur premier mandat, se doivent de trouver des remplaçants. Et le renouvellement de ces élus constitue un véritable enjeu aujourd’hui.

Un potentiel élan de jeunesse

Peu développées, les zones rurales rencontrent des difficultés pour conserver leurs jeunes citoyens. Des domaines cruciaux tels que la scolarité, l’accès à la santé ou les transports ont d’énormes carences, et souffrent de la concurrence avec les métropoles qui « ont trop souvent été priorisées » d’après Mr Szabo. Il réclame davantage d’aides, principalement financière afin de pouvoir faire croître ces secteurs et pousser les plus jeunes à s’installer dans ces zones géographiques. Des territoires qui peinent à renouveler leurs élus car les jeunes sont occupés à gérer d’autres choses, comme la recherche d’emploi, d’après Emeric Bréhier. Du côté des élus locaux, il existe un réel espoir de voir les jeunes s’emparer de la vie politique des zones rurales. « Il n’y qu’à voir ce qui se fait à l’Isle Jourdain et Gimont, où de nombreux jeunes sont présents sur les listes » explique Christian Peyret, désireux de voir
les jeunes s’investir. « Même si ici à Nogaro peu de jeunes citoyens sont engagés, nous avons espoir de voir cela changer au fil des années ». Des territoires ruraux pour l’instant privé d’un rajeunissement de la scène politique, mais où une prise de conscience de la situation se généralise petit à petit « Les jeunes savent qu’ils sont les acteurs de demain, et ce sera à eux de s’engager dans la vie politique de leurs communes s’ils ne souhaitent pas la voir mourir à petit à feu ».

Article réalisé par Philippe Girardie

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