Femme et maire, le parcours du combattant

3 mars 2020

Aujourd’hui, la France ne compte que 16 % de femmes maires. Le constat est donc sans appel : les mairies restent des bastions masculins. Les élections municipales du 15 et 22 mars les porteront-elles davantage au pouvoir ? Isabelle Wojtowiez, maire de Chantilly (Oise), se livre sur les nombreux freins qui demeurent.

Elles peinent encore à prendre les commandes d’une grande ville : seulement six femmes dirigent des métropoles de plus de 100 000 habitants. En 2014, l’élue socialiste Anne Hidalgo emportait la mairie de Paris, avec un peu plus de 53% des voix. Pour la première fois de son histoire, la Ville lumière a vu une femme à sa tête. Victoire symbolique ou véritable révolution ?
Depuis vingt ans, de réels progrès ont été réalisés dans l’application du principe de la parité dans les élections politiques. Les municipales sont régies par les lois de 2007 et 2013, qui oblige les candidats à déposer des listes paritaires alternées dans les communes de plus de 1000 habitants. Reste encore à imposer ce mode de scrutin aux plus petites, qui représentent les deux tiers des communes françaises : c’est ce pour quoi milite depuis 2018 le groupe de travail « La place des femmes dans les exécutifs locaux » de l’Association des Maires de France (AMF).

« La femme la plus difficile à élire est celle qui ne se présente pas. »

Dans une tribune publiée en juillet dernier dans Le Parisien-Aujourd’hui en France, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa et le délégué général de La République en marche Stanislas Guerini invitaient les femmes à se présenter aux prochaines élections municipales. « La femme la plus difficile à élire est celle qui ne se présente pas. Aidez-nous à corriger cette anomalie arithmétique et démocratique.  » alarmaient les deux politiciens.
Réelu député en juin 2017, Eric Woerth a été contraint d’abandonner son siège de maire de Chantilly, commune de 11 000 habitants. Il a été remplacé dans ses fonctions par Isabelle Wojtowiez (LR), qui n’a pas plongé dans l’inconnu. « Pendant treize ans, j’ai d’abord été maire-adjointe chargée des Affaires scolaires – Petite enfance – Jeunesse. C’est en 2014 qu’Éric Woerth m’a confié le secteur le plus important de la ville, et celui vu comme le plus masculin : le service technique. » confie-t-elle dans son bureau.

Car les délégations genrées restent encore très prégnantes dans les conseils municipaux. Aux femmes le soin, la petite enfance et le social. Aux hommes les finances, les ressources humaines et l’urbanisme.

« Il faut que les femmes sortent du bois »

Si les femmes représentent seulement 16 % des maires de France, le poids de la culture politique y pour beaucoup, les conduisant à une forme d’auto-censure. « Les hommes ont beaucoup préempté les places dans l’exécutif. Il faut que les femmes sortent du bois pour prouver leurs compétences. Si l’envie y est, tout est possible. Il faut juste le transmettre aux citoyens. De mon côté, le conseil m’a fait confiance et les hommes ont été derrière moi.  » explique la Première Viceprésidente de la communauté de commune de l’aire cantilienne. « Nous sommes tout aussi légitimes que nos collègues masculins ! » rajoute-t-elle avec entrain.
La parité dans le monde politique n’en a pas moins fait disparaître les violences sexistes et sexuelles. En novembre dernier, plus de 250 personnalités issues du monde politique et associatif ont signé une tribune publiée par France Info, intitulée «  Pour un #MeToo des territoires  ». Elle propose aux victimes de «  témoigner en écrivant aux partis politiques afin qu’ils enquêtent, et le cas échéant n’accordent pas leur investiture à tel ou tel candidat. […] Il existe un moyen simple pour éviter de nouvelles victimes dans les six années à venir : la prévention. »

Conception masculine du rôle de maire

Dans Ouest France, Christian le Bart, professeur de Sciences politiques à Sciences Po Rennes et auteur des Émotions du pouvoir (Armand Colin, 2018) , souligne que « la démocratie représentative a été construite par des hommes et au profit des hommes. » L’imaginaire collectif reste donc imprégné d’une conception masculine du rôle de maire. Alors, le fait d’être une femme est-il un atout ou une faiblesse ? « Je pense que ça dépend beaucoup de la personnalité de l’élu.e. En ce qui me concerne, j’ai toujours été très proche des gens. Je crois que c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, la tache est plus facile. Je pense que nous n’exerçons pas nos fonctions de la même façon que les hommes. Peut-être parce que nous sommes plus pragmatiques. Il faut en tirer partie. » lance Isabelle Wojtowiez, qui entend bien conserver son fauteuil de premier magistrat de la cité princière au mois de mars.

Article réalisé par Marie BESLAY

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