Écouter et participer aux conférences


Chaque année, l’ISTH propose aux candidats à Sciences Po. un cycle de 12 conférences sur les thèmes imposés par le concours.

A coté du cours magistral de référence, il s’agit d’envisager les thématiques dans leurs dimensions anthropologique, philosophique, historique, économique… et d’ouvrir des perspectives dans toute leur complexité avec des intervenants de tous bords.

Les objectifs sont simples :

  • Favoriser la réflexion personnelle, l’enrichissement des connaissances par des lectures appropriées autour des notions clés
  • Comprendre les problématiques, les enjeux principaux
  • Donner de l’air, de la hauteur, de la richesse et du relief dans un contexte pédagogique inhabituel, à la marge du scolaire et du bachotage

Découvrez en podcast les conférences passées et n'hésitez pas à vous inscrire aux cycles de conférences à venir.

Thème : La Vieillesse

La vieillesse comme condition anthropologique - Jean-François Bossy
La disparition des frontières et ses corollaires (homogénéisation des conditions de vie et métissage des identités) s'est constituée ces dernières années comme le concentré bénéfique de la mondialisation en cours. Cette dynamique supposait que les frontières étaient comme autant d'obstacles à l'unité des hommes et à la pacification des rapports entre les peuples. Notre propos a consisté à revaloriser la notion de frontières en soulignant leurs capacités à délimiter les identités et à en assurer la permanence, afin de nous inquiéter de cette disparition : est-elle une si bonne nouvelle qu'il n'y paraît ? Signifie t-elle le surgissement d'un monde plus ouvert ? Ne risque t-elle pas de déconstruire tout repère solide , voire de préparer de sauvages replis identitaires ? Nous avons tenté de déterminer à quelles conditions la disparition des frontières peut se montrer à la hauteur de ses ambitions.

Histoire du rapport à la vieillesse et à la mort - Olivier Milza
L'Occident post-moderne évacue la mort et refuse la vieillesse: Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, nous assistons à une aseptisation du "mourir" et à une cosmétisation du "vieillir". On meurt dans l'isolement feutré des centres thanatologiques, on vieillit souvent dans ces "hospices" qui portent curieusement toujours le nom des espaces d'enfermement anciens, tels que les analysa en son temps Michel Foucault. Serions-nous devenus éternellement jeunes et immortels? Mourir et vieillir ne furent pas toujours ces moments "cachés": dans la France ancienne, le vieux était le sage et on mourait en famille. Tout change avec les modernités urbaines et industrielles, à partir du XIX° siècle. Nous retracerons, au cours de cet exposé, l'histoire du rapport occidental à la vieillesse et à la mort et nous le confronterons aux comportements orientaux et extrême-orientaux, souvent antipodiques des nôtres.


Thème : L'argent

Argent, histoire et politique - Olivier Milza
L'Euro semble aujourd'hui traverser une zone de forte turbulence. Il est vrai qu'on réalise depuis peu combien il est irréaliste de concevoir une civilisation à partir d'une monnaie! Née 600 ans avant notre ère en Lycie grecque, la monnaie, au cours des temps historiques fut toujours l'aboutissement d'une expérience sociétale et politique, nullement son initiateur. L'histoire du rapport à l'argent, c'est aussi l'analyse de la relation mi-réelle, mi-mythique à l'or, et la place des métaux précieux dans la construction des espaces économiques, mais aussi dans l'élaboration des théories économiques. Or des Amériques et croissance du XVI° siècle, place de l'argent (en tant que moyen monétaire) dans les grandes cultures occidentales (Europe catholique et protestante), usage de l'argent et folie spéculative,etc...Autant d'éléments dont cette conférence tente de retracer l'histoire complexe et passionnante.



Thème : Les frontières

Introduction au concept de frontière - Patrice Senen
« Le premier qui, ayant enclos un terrain s'avisa de dire ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. » Par cet effet d'annonce, résolument théâtral, qui inaugure la seconde partie du Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau met en exergue la corrélation étroite qui unit la position des limites déterminant l'étendue d'un espace (« ayant enclos un terrain ») à l'acte d'appropriation d'un territoire (« ceci est à moi »). La genèse de la sociabilité serait ainsi coextensive à l'instauration d'une frontière initiale créant et creusant une séparation décisive entre deux zones de souveraineté. D'ailleurs, Rousseau ne laisse pas de le regretter : « Que de crimes, de guerres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : "Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne."»Pourtant, notre planète est constellée sur toute sa surface par des faisceaux de frontières qui sont là pour nous rappeler que les fruits ne sont pas à tout le monde et que la terre appartient bien à quelqu'un. Mais alors que penser de ces lignes de partage qui modèlent nos cartes de géographie ? Pourquoi représentent-elles plus que de simples limites topologiques? À quels enjeux (militaires, économiques, politiques, idéologiques) correspondent exactement pareilles césures spatiales pour lesquelles tant d'hommes sont prêts à sacrifier leur vie ?



Faut-il se réjouir de la disparition des frontières? - Jean-François Bossy
Il a été montré comment la vieillesse n'était plus désormais réductible à un âge de la vie (le dernier) comme cela fut pendant longtemps. La vieillesse semble en effet pouvoir être définie depuis quelques décennies comme une véritable condition anthropologique, ce qui veut dire que les vieux délimitent aujourd'hui un certain type d'homme, un certain type de vie (comme d'ailleurs la figure du jeune depuis les années 60 dans les pays occidentaux brossent le portrait d'une certaine humanité qui semble bien celle de l'homme occidental, tout court). Cet avènement d'une condition anthropologique est de nature politique : elle correspond à une dynamique d'émancipation qui fait aujourd'hui des vieux un groupe constitué en sujet de l'histoire (vivant une autre vie après la retraite, voyageant dans le monde entier, consommant pour soi et ses enfants et petits-enfants etc.) là où il était auparavant un groupe destiné à se replier dans l'obscurité de la sphère privée, quelque part sur un fauteuil, entre le chien et la cheminée.



Frontières, lisières, empires - Olivier Milza
Mondialisation, globalisation, remises en causes des frontières,etc, jamais on a autant parlé du décloisonnement du monde. Pourtant, en ce début du XXI° siècle, la quête identitaire dont beaucoup de peuples furent privés au temps des "expériences globales" (totalitarismes, Guerre Froide) semble à nouveau segmenter les espaces. Moins de 25 ans après l'effondrement du mur, l'Europe, déjà secouée par une nouvelle guerre balkanique (1990-1995) et la ré- émergence des conflits politico-culturels, connaît, à l'occasion des crises économiques récurrentes, un repli nationaliste souvent ombrageux, de la Belgique à la Hongrie et des Pays-bas à la Finlande. Il semble qu'une accélération trop rapide du temps débouche sur un nouveau morcellement des espaces. Dans le même temps, un "limes" invisible se reconstitue entre Occident et Orient et la Chine émergente s'ouvre économiquement en s'affirmant en tant qu'Empire. Car le corollaire du retour des frontières semble la réaffirmation des "imperium", russe, turc, chinois...Il importe alors de revenir sur deux millénaires de constructions spatiales et civilisationnelles, entre grands empires transfrontaliers et éclatements nationaux, pour mieux comprendre l'avenir des frontières dont nous souhaitons ici, paradoxalement, faire l'éloge.



Aux frontières de la frontière : borne, limite, frontière naturelle - Patrice Senen
« L'Angleterre, ce champ dont la mer est la haie » est-il dit dans Le roi Jean. On peut présumer, à la suite de Shakespeare, que les clivages géologiques et géographiques qui installent à priori des discontinuités dans l'espace (interfaces : terre/mer, mont/plaine, forêt/désert, eau/rivage) ont joué un rôle non négligeable dans l'établissement de ces frontières. De là à penser qu'ils les justifient, il n'y a qu'un pas que n'ont pas hésité à franchir un certain nombre d'hommes politiques, de diplomates ou même d'historiens. La « frontière naturelle » serait alors cette césure topologique bien marquée par le relief – continent, crête de montagne, fleuve ou littoral – qui découperait, pour ainsi dire physiquement, le territoire d'une communauté nationale. Si l'on partage cette conception, prétendument évidente, d'une délimitation spontanée, trouvant son fondement absolu dans la nature – et pourquoi pas en Dieu ? -, il faut bien admettre alors que nul pays ne saurait conquérir son unité et sa véritable identité sans en passer par elle. Mais sur quels critères objectifs cette représentation ancre-t-elle sa légitimité ? Cette notion de « frontière naturelle» n'est-elle pas un leurre idéologique destiné à masquer le caractère artificiel et conventionnel de toute frontière ? Nous tenterons de répondre à ces questions en nous appuyant, au passage, sur la distinction philosophique opérée par Kant entre borne et limite.



Frontières impériales, frontières post-impériales - Elikia M'Bokolo
Accusées d'être « artificielles », les frontières post-impériales apparaissent comme des foyers de tensions et des sources de conflits, à l'intérieur comme à l'extérieur des Etats. Il faut donc de prime abord se demander, en pensant à la réflexion de Blaise Pascal sur les Pyrénées, si, à l'exception de quelques rares îles, il existe des frontières autres qu'artificielles. On prendra ici le cas des empires coloniaux du XIXe et XXe siècles tels qu'ils se sont manifestés dans le contexte africain. Il est évident, compte tenu des idéologies impériales du moment et de l'état des connaissances géographiques de l'époque, que le découpage des frontières, commencé avant la Conférence de Berlin (1884-1885) et accélérée par celle-ci, n'a évidemment tenu aucun compte des l'état réel de la géographie humaine et politique de l'Afrique au long du XIXe siècle. Mais, à l'intérieur des territoires ainsi découpés, des dynamiques multiples, économiques, sociales, politiques, culturelles…, ont été mises en œuvre, produisant, bon gré mal gré et souvent à leur corps défendant, des processus identitaires qui, progressivement, se sont révélés indépendants et autonomes par rapport aux instrumentalisations impériales. C'est à l'intérieur de ces nouveaux espaces que se sont construites et continuent de se construire des « identités » nouvelles, ethniques, nationales, régionales, voire « raciales ». Il est significatif que persiste la quasi-totalité des frontières issues des partages coloniaux. A l'égard des temps à venir, la question est dès lors de savoir à quoi répondent et à quoi pourraient aboutir les mouvements panafricanistes. Une question qui prend une actualité saisissante dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler « la mondialisation.



La nouvelle économie géogrraphique - Jean-Marie Soubirou
Le monde est-il plat ? Alors que la démondialisation est au coeur du débat public, il est urgent de s'interroger sur la pertinence de la thèse de T. Friedman, célebre éditorialiste du New York Times au regard des outils de la science économique contemporaine. For Friedman, cheap, ubiquitous telecommunications have finally obliterated all impediments to international competition, and the dawning 'flat world' is a jungle pitting 'lions' and 'gazelles,' where 'economic stability is not going to be a feature' and 'the weak will fall farther behind.' Rugged, adaptable entrepreneurs, by contrast, will be empowered. The service sector (telemarketing, accounting, computer programming, engineering and scientific research, etc.), will be further outsourced to the English-spoken abroad; manufacturing, meanwhile, will continue to be off-shored to China.



Thème : L'imagination

De l'imagination contemplative chez Oscar Wilde : un renversement copernicien de l'esthétique - Patrice Senen
On distingue traditionnellement, dans le sillage des analyses bachelardiennes, l'imagination reproductrice de l'imagination créatrice. L'imagination reproductrice désignerait ainsi la capacité de se représenter mentalement un objet déterminé en son absence ; l'imagination créatrice renverrait plutôt à la faculté de former ou de combiner des images ne correspondant à rien de réel, autrement dit, ne reposant sur aucune donnée de la perception sensible (une chimère, par exemple). En nous appuyant sur les analyses d'Oscar Wilde dans Le déclin du mensonge, nous proposons d'envisager une troisième voie à cette alternative, que nous avons appelée, faute de mieux, l'imagination contemplative. Car, en affirmant que : « La vie imite l'art bien plus que l'art n'imite la vie » et que « Tout comme la vie, la nature imite l'art. », Oscar Wilde sous la forme d'un paradoxe a réalisé, avec humour, une véritable révolution copernicienne de l'esthétique.



Image et imagination: Cinéma, peinture, photographie - Frédéric Cousin
Art et imagination entretiennent des liens évidents. Le cas des images picturales, cinématographiques et photographiques interrogent cette relation avec acuité. En effet en quoi les images sont -elles le produit de notre imagination ? En quoi, à leur tour, ces images contribuent-elles à façonner notre imaginaire individuel et collectif ? Nous réfléchirons à cette question à partir de quelques exemples artisitiques ( René Magritte, Jérôme Bosch,...).



Image et absence : l'imagination en quête de présence - Guillaume Tonning
Que donne à voir l'image ? Non pas une chose, mais une empreinte ; non pas une pleine présence, mais une absence palliée – la présence d'une absence. Le mode d'être de l'image implique une déficience. A cette dernière, nous ne sommes cependant pas condamnés, pour autant que nous est donné avec l'imagination le moyen de remonter à la source de la présence. Imaginer, ce n'est pas seulement en effet user d'une faculté de représentation (produire des images), mais aussi, plus dynamiquement, voyager par l'esprit pour rejoindre ce qui n'est pas ou plus. Dès lors, l'imagination se fait tour à tour iconoclaste et iconophile, puisqu'elle brise les images comme autant d'étapes où nous risquons de nous attarder, mais ne voyage que par elles et à travers elles. Une modalité méditative nouvelle se fait jour : l'odyssée spirituelle en quête de l'origine perdue.